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mardi 24 mars 2015

Information doesn't want to be free


Cory Doctorow est non seulement un écrivain de science-fiction, mais également un militant qui lutte contre le "verrouillage" d'Internet par les grands groupes économiques. Il a publié de nombreux articles et interviews sur ses question et Information doesn't want to be free est une synthèse de ses avis sur la question.
 
Présenté comme un ouvrage de conseils aux créateurs afin de comprendre et d'utiliser Internet, l'ouvrage est aussi intéressant pour tous citoyens qui veut comprendre une partie, de plus en plus importante, du monde dans lequel il vit. En effet, Doctorow parle non seulement de création, mais surtout du fonctionnement des systèmes informatiques. Il montre ainsi que les acteurs économiques et étatiques ont parfois intérêt à laisser des vulnérabilités dans les systèmes informatiques (au niveau logicielle mais aussi au niveau matériel) pour pouvoir les exploiter à leur profit. Le problème étant que toute faille finira inévitablement par être découverte et être, potentiellement, exploité à d'autres fins. Cela peut sembler bénin, mais lorsque l'on réalise à quel point l'informatique a envahi notre quotidien, il devient facile de construire des scénarios préoccupants : des pacemakers qui peuvent être hacker et contrôler à distance (déjà fait), des voitures, des systèmes de contrôles de centrales nucléaires, d'avions, etc.
 
Une fois expliqué cela, Doctorow émet trois lois qu'il utilise pour donner des guides dans le monde numérique.
  1. Chaque fois que quelqu’un verrouille quelque chose qui vous appartient sans vous donner la clé, le verrou n’est pas là pour votre propre bien
  2. La célébrité ne vous rendra pas riche, mais vous ne pouvez pas être payé sans elle
  3. L’information ne veut pas être libre, les gens si.
Ouvrage très intéressant, à la fois inquiétant par certains aspects et rassurant dans le sens que Doctorow montre bien que de nombreux créateurs savent utiliser le système pour créer et diffuser leurs œuvres; Information doesn't want to be free représente un résumé accessible des idées de Doctorow.
 

lundi 2 mars 2015

Le Maelstrom

J’ai pas mal hésité avant d’écrire une chronique sur le recueil d’articles et d’entretiens (publiés sur le Net, sauf pour un inédit, entre 2006 et 2014) de Romaric Briand. Il s’agit de réflexions et d’analyses sur le jeu de rôle qui sont minutieusement construits. Mes hésitations viennent du fait que je n’ai pas le temps d’argumenter avec la même profondeur que l’auteur et donc que je crains que ma chronique ne soit perçue comme trop superficielle. Ceci étant dit, lecteur, te voila prévenu, je peux maintenant écrire ma chronique l’esprit en paix.

Romaric Briand est philosophe de formation, spécialisé en métaphysique, et roliste. Il propose ses réflexions sur le jeu de rôle qui sont pour lui une manière de philosopher dans le sens où la pratique du jeu de rôle permet d’apprendre des choses sur l’humain et sur notre réalité (il est d’ailleurs créateurs d’une série de jeux, que je n’ai pas lu, qui pousse à cela).

Les réflexions qu’il propose dans ses articles et interviews portent donc sur ces différents éléments. Il réfléchit par exemple à ce que cela signifie de créer un univers fictif de jeu de rôle et un système de résolution des actions (la question est d’ailleurs posée de savoir si ces deux éléments sont vraiment distincts). Il discute également de l’impossibilité de créer/interpréter un personnage différent du joueur, en argumentant, de manière convaincante, que le personnage ne se différencie seulement que dans le sens où il est une réduction du joueur, une stéréotypassions d’un aspect de ce dernier.

L’auteur discute également de sa vision du marché de l’édition du jeux de rôle. Une vision, dont l’évolution est clairement perceptible dans la lecture chronologique du recueil, qui se porte avant tous sur un versant le moins commercial (dans l’acceptation capitaliste du terme) possible de la culture.

Finalement, et principalement dans le dernier article, inédit, du recueil, il développe le concept de Maelstrom pour décrire l’aspect fictionnel de ce qui est créer dans une partie de jeux de rôle. Le Maelstrom étant à la fois la production fictionnelle de la partie, mais également l’ensemble des fictions possibles pour chaque joueur durant le jeu.

Le recueil, pour qui s’intéresse à le « jeuxderologie », est intéressant à lire. Il est cependant souvent agaçant. L’auteur a une manière d’écrire et de présenter ses idées qui semblent pédant et élitiste. En réfléchissant sur ce qui me donnait cette impression, j’en suis arrivé à la conclusion que cette impression nait de l’absence de précaution oratoire de la part de Romaric Briand. Il donne en effet le sentiment de détenir la Vérité et que son analyse est la seule pertinente. Hors il s’agit d’une analyse d’un philosophe, sa validité est donc comprise dans le champ de la philosophie. Sa manière d’ignorer les apports possibles des autres disciplines (sociologie, littérature comparée, etc) est désagréable et, pour moi, nuit à son propos.
Il est possible de se procurer l'ouvrage sur le site de son auteur.

samedi 14 janvier 2012

59 seconds: think a little, change a lot

Dans la lignée du Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, 59 seconds: think a little, change a lot est un ouvrage proposant plusieurs petits trucs pour améliorer sa vie quotidienne en se basant sur de nombreuses études universitaires de sociologues, psychologues et autres chercheurs.

L'ouvrage propose également de tordre le coup à de nombreuses propositions courantes des gourous de "l'amélioration de la vie quotidienne". 59 seconds aborde ainsi des questions touchant le bonheur, la vie de couple, l'éducation des enfants, le succès, l'alimentation et le sport, etc.

Chaque partie propose une discussion de plusieurs études et quelques petits trucs facilement réalisable dont des études ont prouvé, ou en tous cas montré, les effets.

La lecture de ce livre est très sympathique, la question, comme souvent pour moi lorsque je lis ce genre d'ouvrage, de savoir si je vais changer mes habitudes afin de mettre en pratique les conseils proposés est par contre ouverte....

Une autre chronique par

samedi 3 décembre 2011

Reading and writing along the borderlands

Reading and writing along the borderlans est un recueil de textes de l'écrivain américain Michael Chabon. Il s'agit d'une dizaine de textes pouvant se classer en deux catégories : des analyses de textes précis et des réflexions sur l'écriture. Les différents essais de Chabon traitent tous, à des degrés divers, de la littérature de "genre". Dans ce sens, ils sont intéressants car ils posent un regard réfléchi sur une littérature souvent décriées dans les milieux académiques et intellectuels. L'écriture de Chabon est de plus agréable à lire et ses réflexions bien argumentées et réfléchies.

Sans rentrer dans le détail de chaque texte, on trouve dans ce recueil des réflexions sur l’écriture, sur la littérature de genre, des réflexions sur le fait d'être juif et écrivain, des analyses de comics, de Sherlock Holmes, du roman La Route, du roman American Flags, etc.

A titre personnel, deux textes m'ont plus marqué :
  • "Trickster in a suit of lights" : une réflexion sur la littérature dite de "genre" et sur son importance. Chabon propose une démonstration magistrale qui montre que nombres d’œuvres ne sont pas classable dans la littérature blanche ou de genre, mais se situe à la frontière entre elles.
  • "Fan fictions: on Sherlock Holmes" : est une analyse intéressante des aventures du célèbre détective qui devient, dans sa conclusion, un plaidoyer pour les "fan-fiction".
Un recueil au final très intéressant, même si le fait de ne pas avoir lu plusieurs des oeuvres analysées a nuit un peu à ma lecture.

dimanche 23 octobre 2011

@ontext

Second recueil, après @content, @ontext réunit plusieurs essais et colonnes de Cory Doctorow parues précédement sur divers endroit du Net (et pour certains en version arbre mort). Doctorow est un fervent défenseur de l'utilisation raisonnée d'Internet, et est également un avocat acharné de la révision des lois de la propriété intellectuelle afin de facilité l'échange de bien culturel via Internet. C'est donc naturellement que les textes réunis ici tournent souvent autour de ses questions.

Les différents essais sont intéressants, mais, je trouve, un cran en dessous du précédent recueil. Je ne suis pas sur de savoir si cela est du au fait que je connais mieux les idées de Doctorow, et donc qu'à la longue il y a un certain nombre de répétions qui amoindrissent la surprise, où si cela est du aux sujets légèrement différents abordés dans le recueil (éducation et Internet, enfants et Internet, le monde de l'édition numérique, Apple et Amazon, etc.).

Il n'en reste pas moins que Doctorow propose toujours des réflexions et des idées salutaires dans un contexte de rigidification législative autours d'Internet et de ses usages. Il a le mérite de montrer que d'autres comportements sont possibles et de faire contre-poids à la voix tonitruantes des médias établis.

A noter que, comme tous ses livres, @ontext est disponible en téléchargement légal sur son site Internet.

mardi 27 septembre 2011

Bad Mother

Bad Mother (sous titré : a chronicle of maternal crimes, monor calamities, and accasional moments of grace) est né des suites d'une chronique, parue aux États-Unis, dans laquelle Ayelet Waldman, mère de quatre enfants et épouse de l'écrivain américain Michael Chabon, expliquait que malgré tout l'amour qu'elle porte à ses enfants c'est de son maris dont elle est amoureuse. Elle expliquait qu'elle n'avait pas reporté l'amour qu'elle porte à son maris sur ses enfants et que, "Dieu l'en préserve", l'un d'eux devait mourir elle pourrait continu à aller de l'avant alors que si son maris devait périr elle en serait sans doute incapable. Cet article lui a valu d'être traitée de mauvaise mère par de nombreuses personnes sur le Web.

En réponse, elle a décidé d'écrire un ouvrage sur le fait d'être mère, d'être féministe et de faire des erreurs. En dix-huit textes elle propose plusieurs réflexions sur la maternité, le féminisme,, les relations avec ses enfants, sa mère et sa belle-mère, l'avortement (qu'elle a vécu), le bi-polarisme (dont elle souffre), l'éducation, l'école et les devoirs, etc. En quelques mots tous ce qui fait une mère et un parent.

Difficile de résumer l'ensemble des réflexions présentée dans cet essai, mais  Bad Mother est agréable à lire, drôle, triste (j'ai personnellement pleuré dans la partie sur l'avortement), intelligent. Certains espoirs et certaines difficultés et peurs de cette mère résonnent avec mes espoirs, difficultés et peurs de père. Si ce n'est le milieu dans lequel Ayelet Waldman évolue (elle est une avocate formée à Haward, son mari est un écrivain célèbre, etc.) qui fait que ses réflexions, bien que souvent de portée universelle, sont teintés par le milieu libérale et aisé dans lequel elle évolue.

Malgré cela, Bad Mother est une lecture passionnante qui m'a profondément touché et que je recommande à tout parent.

dimanche 31 juillet 2011

Supergods

Grant Morrison est un auteur de comics écossai qui se lance dans un essai sur les supers-héros. Curieux, je me le suis procuré. Grant Morrison propose un historique des comics basés sur sa propre expérience et construit en quatre grandes parties : Golden Age, Silver Age, Dark Age et la Renaissance. Il lie à l'histoire des comics son histoire personnelle dans le milieu.
Difficile de résumer l’intégralité de l'essai, mais il donne une place plus importantes aux héros DC (Superman et Batman notamment) qu'aux héros Marvel. Ceci étant dit j'ai trouvé une partie de l'essai intéressant, mais j'ai l'impression, peut-être fausse, que Morrison parle surtout des comics qui l'ont profondément marqué. La partie sur son parcours personnel est sans doute aussi passionnante pour un fan mais elle m'a laissé un peu froid.

Une impression donc mitigée au final pour un essai qui me semblait très prometteur.

lundi 9 mai 2011

De la voiture au vélo

Bon, lorsque j'ai indiqué les différents ouvrages qui m’intéressaient pour la dernière édition de Masse Critique, j'ai coché l'ouvrage De la voiture au vélo : en route vers le changement. Mon récent achat d'un vélo à assistance électrique n'est pas étranger à ma curiosité.

Ma foi bien mal m'en a pris. Alors certes l'ouvrage se lit vite (une petite heure en lisant tranquille), mais que de poncifs : un chapitre sur les avantages de faire du vélo (de côté sportifs en passant par l'écologie et être tendance), un autre sur les difficultés rencontrées (le mauvais temps, la volonté, le manque d’exercices physiques, etc.), une apologie de bonheur d'être cycliste, un chapitre sur la manière "d'accompagner le changement", un autre sur les profils de cycliste et finalement un chapitre (sans doute le plus intéressant) sur les différents types de vélo.

Ce n'est pas que c'est mauvais mais ce qui m'a agacé c'est que l'ouvrage, écrit par un cycliste convaincu, me semble plus être une apologie du vélo qu'une vraie réflexion sur la mobilité urbaine au XXIe siècle. Et en fait c'est probablement d'un malentendu que surgit ma déception : je m’attendais à une réflexion élevée et sympa sur la pratique du vélo et je me suis retrouvé avec un ouvrage plein de bon sens, partisan et avec un niveau de réflexion un peu simple à mon goût. Dommage pour moi !

mardi 29 mars 2011

Faut-il manger les animaux

Ayant lu plusieurs bonnes critiques sur cet essaie de l'écrivain américain Jonathan Safran Foer, je me le suis procurer en bibliothèque et ai entamé ma lecture me préparant au choc qui me ferait renoncer à la viande.

L'auteur a lui même fait cette démarche lorsque, à la naissance de son premier enfant, il s'est lancé dans une recherche de trois ans pour comprendre comment la viande était produite. L'ouvrage, et sa "conversion" au végétarianisme sont les deux résultats tangibles de sa recherche. Il montre donc, avec un sens de l'écriture très agréable à lire, comment l'élevage industrielle et l'abattage industrielle à produit des animaux malades traités de manière brutal et peu "humaine". Il discute aussi la manière dont nous construisons des histoires autours de ce que nous mangeons et comment nous effectuons nos choix alimentaires. Il présente également les impacts écologiques de notre consommation de viande.

La lecture de l'ouvrage est, comme je l'ai dis, agréable et ses différentes réflexions portées avec acuités et ouverture d'esprit. J'ai, personnellement, particulièrement apprécié la partie sur la manière dont nous construisons une histoire autours de notre alimentation. Ceci étant dit, je n'ai fondamentalement rien appris de nouveaux en lisant ce livre. Je reste donc, pour le moment encore, omnivore....

Plus spécifiquement, je regrette que l'ouvrage soit centré sur les USA. Je me pose la question, sans obtenir de réponse, si l'agriculture européenne, même avec tous les travers de l'industrie, n'a pas, dans l'ensemble, un meilleur bilan que l'Américaine. Et puis, plus fondamentalement, j'ai un peu l'impression qu'il est impossible de manger de manière "correct".

En effet, il faudrait ne plus manger de viande, manger des légumes de saisons, mais surtout bio car les produits utilisés pour produire les autres sont nocifs. Ah oui, aussi, de proximité pour éviter le transport, et de production éthique, etc. Au final, chacun doit choisir ses combats; je suis sensibilisé aux problèmes liés à l'alimentation, je suis près à faire des efforts, mais je reste persuadé que rien ne pourra se faire sans une réforme massive du système.

dimanche 27 février 2011

Battle Hymn of the Tiger Mother

Battle Hymn of the Tiger Mother est un ouvrage qui a fait couler beaucoup d'encre Outre-Atlantique et qui a même reçu les honneurs des médias du monde entier. Amy Chua, l'auteure, est une américaine née de parents chinois, mariée à juif américaine, professeure de droit à l'école de droit de Yale et mère de deux filles aujourd'hui adolescente.

Battle Hymn of the Tiger Mother est un texte autobiographique où Amy Chua explique ses principes et méthodes d'éducation "à la chinoise" (même si l'auteure précise bien que ce n'est pas un absolu) en contradiction avec l'éducation occidentale tel que pratiqué par la plupart des parents américaines (et sans doute européens également). Le livre est agréable à lire et le portrait qu'Amy Chua dessine d'elle même n'est pas exempt d'ironie et de trait d'esprit.

Ce qui a fait débat aux États-Unis c'est le modèle éducatif qu'elle prône : les parents sont là pour pousser armer leurs enfants pour le futur. Par conséquent ces derniers doivent consacrer tout leur temps à progresser vers ce but. Il est ainsi hors de questions que ses enfants perdent du temps avec des activités oisives (soirées pyjamas, réunions avec d'autres parents pour jouer, regarder la télé toute la journée, etc.). Selon "l'éducation à la chinoise", les enfants ne doivent être bon, mais les meilleurs. Une bonne note n'est pas suffisante, il faut la meilleur note; la seconde place n'est pas la bonne, la première l'est; une heure de pratique d'un instrument de musique par jour n'est pas une répétition trois ou quatre heure oui, etc.

Dans la manière d'élevé ses enfants, même si elle s'en défend, Amy Chua est une vraie "controle freak" qui veut amener ses enfants à l’excellence. Ce qu'elle arrive à faire; ses deux filles sont de très bonnes élèves, sa fille ainée une pianiste hors-paire qui a déjà donnée plusieurs récitals, sa fille cadette une très bonne violoniste. Mais cette réussite a un prix, Amy Chua n'a laissé aucun répit à ses filles et s'est heurtée violemment à sa fille cadette jusqu'à une adolescence (en cours) particulièrement difficile et qui l'a particulièrement remise en question (elle a même autorisé sa fille a arrête le violon !).

La lecture de cette essaie m'interroge sur ce que je veux pour ma fille (deux ans dans quelques jours) et sur la nécessité de la pousser en avant et de (d'ici quelques années) de lui faire parfois violence pour son propre bien. Mais en même temps, j'ai l'impression que la vision de l'éducation d'Amy Chua est une vision très bourgeoise et élitiste. En effet, si poussé ses enfants vers l'excellence est sans doute une bonne chose, il n'est pas possible pour tout le monde d'être le meilleur et le premier. Et si la "mère tigre" semble penser que c'est à la portée de tout le monde de passer des heures avec ses enfants pour les entrainer et les amener à l'excellence, elle passe totalement à côté du fait que pas tous le monde à les moyens de payer de nombreux cours de musique à ses enfants, que pas tout le monde à les moyens d'avoir une "nanny" parlant le mandarin pour que ses enfants deviennent bilingue, que pas tout le monde à les moyens de maitriser l'ensemble du cursus scolaire et extra-scolaire afin de driller et d'appuyer ses enfants.

En fin de compte j'ai pris grand plaisir à cette lecture et cela me pousse à une réflexion plus globale sur l'éducation que je souhaite donné à ma fille, mais dans le même temps je ne partage pas la vision du monde, la vision d'une "vie réussie" et la vision de classe d'Amy Chua.

lundi 13 décembre 2010

Mainstream

Mainstream est une enquête journalistique sur la culture de masse. Frédéric Martel a parcouru le globe durant cinq ans et réalisé plus de milles interviews pour écrire son ouvrage. Celui-ci se présente comme une synthèse de ces derniers et cherche à comprendre la géopolitique de la culture de masse aujourd'hui.

L'ouvrage est structuré en deux grandes parties. La première explore les différentes facettes de la production nord-américaine dominante dans la culture de masse. Les méthodes utilisées pour produire de l'entertainment, l'évolution de celles-ci durant le siècle écoulé, mais également les flux financiers et la puissance des lobbys du cinémas et de la musique sont tour à tour abordés et décortiqués.

La seconde partie va à la rencontre des outsiders. Les pays/régions qui ont soit une influence culturelles régionale, soit une envie de tailler des croupières à l'Amérique, soit encore qui ont su, jusqu'à maintenant du moins, résister à l'hégémonie américaine sont abordés. Les productions culturelles chinoises, japonaises, coréennes, indiennes, européennes, turques, arabes, latinos et africaines sont discutées. Cette partie aborde le cinéma, mais aussi la musique, la littérature, les mangas et l'information. C'est un vaste panorama de la production culturelles et informatives (le soft power) qui se déploie ici.

Martel conclut son ouvrage par une longue conclusion synthétisant les points importants de sa démonstration et ouvrant des perspectives d'avenirs et un questionnements sur le rôle d'Internet, de la dématérialisation et de la démographie dans le future de cette géographie culturelle globale.

Mainstream est un ouvrage très intéressant et complet qui offre une réflexion globale sur les productions culturelles d'aujourd'hui. Très instructifs !

jeudi 18 novembre 2010

Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens

Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens est un ouvrage de psychologie sociale à destination du grand public. Il présente, tout en s'appuyant sur les théories de la discipline, divers méthodes de manipulations couramment utilisées dans la vente ou dans les entreprises.

L'ouvrage est intéressant car il décortique les mécanismes qui nous font prendre des décisions. Il insiste particulièrement sur l'aspect libre de la manipulation. Les techniques proposées vont du traditionnel pied-dans-la-porte à des techniques moins intuitives consistant à mélanger plus techniques. Il se conclut par une discussion sur les divers professions utilisant ou pouvant utiliser ces techniques (vente, enseignement, etc.).

On apprend ainsi qu'une demande anodine en apparence peut servir à préparer une demande plus couteuses afin d'augmenter ses chances d’acceptations. Demander l'heure à quelqu'un avant de lui demander de l'argent est ainsi plus efficace que simplement demander de l'argent. Une décision prise a une inertie importante qui mène celui qui l'a prend à s'y tenir plus fermement, même si celle-ci est de faible importance.

Un ouvrage au final fort intéressant qui souffre peut-être de quelques répétions et d'un humour pas toujours drôle à mon goût.

vendredi 12 novembre 2010

The Game

Neil Strauss est un journaliste américain qui, un peu par hasard, c'est retrouvé à rejoindre, au départ pour des raisons journalistiques puis personnelles, le milieu des pickup artists. Ces "dragueurs professionnelles" qui a force de décortiquer les mécanismes sociaux des relations hommes-femmes se font fort de pouvoir tomber n'importe quelles filles.

The Game est le récit autobiographique de ce milieux. Neail Strauss, rebaptiser Style, rencontre tous les grands gourous de la dragues et en devient un lui même. C'est ce monde fait de routines, de tactiques pour devenir le mâle alpha d'un groupe, de phrases d'ouverture, de moyens de neutraliser un boyfriend, que Strauss nous fait découvrir de l'intérieur.

Son écriture est agréable et, malgré quelques longueurs, son livre est très intéressant. Il présente non seulement quelques ficelles de la drague, mais également une décente ahurissante dans un milieu où la manipulation, la mauvaise fois côtoient les instincts les plus bas. Si les méthodes des rois de la drague, aussi "forcées" qu'elles paraissent, semblent bien fonctionner, le lecteur réalise vite que tous ces tombeurs cachent de nombreuses failles qui les rends en grande partie inaptes à avoir des relations sociales normales.

J'ai beaucoup apprécié la lecture de The Game. Arrivé au final de ce livre, je reste néanmoins très partagé sur l'expérience de vie qui y ai décrit. En effet, d'un côté la possibilité de tomber presque n'importe quelles filles et un fantasme que, j'en suis persuadé, tout homme caresse dans un coin plus ou moins grand de son cerveau. Mais en même temps, les techniques de drague s'apparentent tellement à de la manipulation super subtile que cela en donne un peu le vertige.les maitriser semblent de plus impliquer un grand risque de distorsion de la relation aux femmes qui ne sont plus vraiment des individus mais des cibles facilement manipulable.

Je ne suis pas célibataire et très heureux de ne pas l'être, et au final cela vaut peut-être mieux. Je n'ai ainsi pas à me poser la question de savoir si je teste certaines ficelles ou non. L'ignorance est parfois bien douce...

vendredi 20 août 2010

Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

Premier livre de Haruki Murakami que je lis et je choisi un essai un peu atypique : Autoportrait de l'auteur en coureur de fond. Il s'agit d'un ouvrage autobiographique de réflexions sur la course à pied.

Il faut savoir qu'Haruki Murakami cours un Marathon à l'année depuis ses trente ans et sa décision de laisser tomber son club de jazz pour se consacrer à l'écriture. Ses réflexions sur la course à pied sont donc celle d'un passionné.

Autoportrait de l'auteur en coureur de fond montre avec intelligence et humour comme la course à pied structure presque autant que l'écriture la vie de l'auteur. C'est aussi un pied de nez, probablement bien involontaire, à ceux qui pense que le sport n'est pas compatible avec le travail intellectuel.

Difficile néanmoins de résumer ce livre. Structurer en réflexions datées et écrites en l'espace d'une année, l'essaie forme à la fois un journal d'un coureur et les réflexions d'un auteur sur les choix de vie, l'écriture, la littérature et, dans une moindre mesure, le monde.

Déroutant mais fort intéressant, je ne peux qu'en conseiller la lecture.

samedi 31 juillet 2010

Voix du futur

Voix du futur est un recueil un peu particulier car il ne présente pas des fictions mais de longues interviews avec certains des auteurs marquants de la science-fiction française : Stefan Wul, Michel Jeury, J.-P. Andrevon, Serge Brussolo, Jacques Barbéri, Ayerdhal, Pierre Bordage et Marucie G. Dantes.

Ces interviews parlent bien sur de l'œuvre de chaque auteurs mais également de leur histoire personnelle, des auteurs, événements et personnes qui les ont influencés et de leurs projets. Elles sont complètes et sacrément bien menées.

Si j'ai pris plaisir à la lecture de ces interviews deux choses me chagrinent un peu. La première, qui n'est que de mon fait, c'est que j'ai réalisé que plus qu'un fan de SF, je suis un fan de Fantasy au sens large, et que, finalement, à part les auteurs américains de l'âge d'or et quelques exceptions, je n'ai pas lu tant de SF que cela. De coup, la majorité des auteurs interviewés ici n'ont pas fait partie de mes lectures. La seconde est que, à deux exceptions (Ayerdhal et Bordage), les interviews ont entre cinq et dix ans. Ce qui fait qu'une partie de leur contenu est malheureusement un peu datée.

Il n'en reste pas moins que si un second volume devait sortir je serais sans aucun doute intéressé à le lire.

vendredi 23 juillet 2010

Chagrin d'école

Second ouvrage de Pennac que je lis, après Comme un roman, Chagrin d'école m'a beaucoup plus. Il s'agit d'une réflexion à base autobiographique sur les cancres, l'enseignement, les enseignants et l'école.

Beaucoup de choses dans ce texte qui se lit avec plaisir, peut-être un peu trop d'ailleurs. S'il doit avoir un défaut c'est sans doute celui de l'éparpillement et des digressions; défaut qui fait également son charme. Le message de Pennac ? Difficile de tout résumé, mais sans doute qu'être cancre est une souffrance et pas une fatalité, qu'être enseignant est compliqué et merveilleux, que personne n'est parfait, que tous ont une chance (encore faut-il leur la donner), que rien 'est perdu ni jamais acquis, que la pensée magique est à l'œuvre dans nos sociétés, etc.

Un ouvrage foisonnant, une lecture agréable, une réflexion rafraichissante, un parler franc : un merveilleux livre en somme !

dimanche 18 juillet 2010

You are not a gadget

You are not a gadget est un essai polémique de la part d'un des pionner de l'informatique, père de la réalité virtuel : Jaron Lanier. Lanier propose une réflexion critique sur l'utilisation d'Internet aujourd'hui, sur les théories des informaticiens de premier plan sur l'évolution du réseau et, plus globalement, sur ce que l'informatique nous fait à nous humain.

Lanier critique fortement les propos de nombreux spécialistes sur l'émergence d'une conscience sur le net, sur la validité de l'intelligence collective (hive mind), sur la Singularité. Pour ce faire il se base sur des exemples et des réflexions philosophiques sur la manière dont les structures de l''outil informatique génèrent et formatent des structures, réductrices, chez l'être humain.

L'essai de Lanier est complexe et, je trouve, peu facile d'accès. A titre personnel, si je l'ai trouvé intéressant, j'ai parfois l'impression que Lanier se perd dans des critiques qui, bien que fondées, minimisent la capacité humaine à s'adapter de manière positive aux changements. Sa vision pessimiste de la "génération Internet" me semble, par exemple exagérée. Une lecture intéressante donc, mais difficile et souvent très pessimiste.

PS : Je m'interroge également sur le lien entre un prophète aux dreads dans le comics/film The Surrogates et Jaron Lanier, tant il semble se ressembler.

vendredi 23 avril 2010

Les nombreux mondes de Jane Austen

Second livre de la collection des bibliothèques rouges, après celui sur Harry Potter, que je lis, Les nombreux mondes de Jane Austen confirme mon impression mitigée sur cette collection.

En effet, le principe de cette dernière est de proposer une biographie de personnages frictionnels comme si ceux-ci avaient réellement existé. Les ouvrages étant souvent agrémenter de quelques textes d'analyses, de bibliographies et/ou de nouvelles hommages et fort joliment illustrés. Si l'idée me semble excellente, elle souffre, dans Harry Potter du moins, d'un traitement brouillon qui mélange divers œuvres littéraires proches, et dans celui sur Austen d'un mélange réalité/fiction déroutant.

La plus grande partie des nombreux mondes de Jane Austen est consacrée à une biographie de la vie d'Austen et des ses personnages. Le tout partant de l'idée que la réalité et la fiction appartiennent au même monde. La biographie, du reste bien écrite, en devient ainsi illisble pour celui qui ne connait pas bien, ce qui est mon cas, l'œuvre de la célèbre écrivaine.

Je trouve cela dommage car la chronologie détaillée qui suit prend soin de distinguer la réalité des différentes œuvres de fiction et se révèle, elle, fort intéressante. Une bibliographie complète d'ailleurs la partie original de ce livre.

Une nouvelle traduite de John Kessel, Orgueil et Prométhée, se déroulant après le célèbre roman dont son nom est dérivé, fort sympathique permet de voir la rencontre haute en couleur des Bennet et du Dr Frankenstein.


Au final une déception bien grande pour un ouvrage, et une collection, qui semblaient si alléchants,

jeudi 18 février 2010

Freakonomics

Freakonomics est un ouvrage d'économie un peu particulier. En effet, il applique les principes de l'économie (notamment les traitements statistiques) a des questions du quotidien ou un peu inhabituelles.

Ainsi ce livre, écrit avec une grande dose d'humour et de vulgarisation par un économiste et un journaliste, propose-t-il des réponses et des réflexions à des questions comme :

- Qui triche et pourquoi ?
- Est-ce qu'un agent immobilier fait vraiment le maximum pour vendre votre bien ?
- Pourquoi les dealers vivent-ils encore chez leur maman ?
- Pourquoi la criminalité a-t-elle baissé aux USA dans les années nonante ?
- Qu'est qu'un parent idéal ?
- Quelle est l'influence d'un prénom sur le destin d'un individu ?

Toute ces questions sont des prétextes pour discuter de recherches réels utilisant à la fois les outils statistiques et l'idée que toute action humaine à une motivation. Ainsi la baisse de la criminalité est-elle en partie du à la légalisation de l'avortement, les sumotoris trichent régulièrement et votre prénom donne très certainement des indications sur votre groupe social d'origine.

Les réflexions proposées par Freakonomics sont intéressantes, bien que parfois très américo-américaines, et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre qui pourfend la sagesse populaire et les experts.

dimanche 14 février 2010

Steampunk

Steampunk, sous-titré l'esthétique rétro-futur, est un essai proposant un historique et une analyse de ce genre caractérisé par un dix-neuvième siècle où le progrès a été plus rapide que dans notre histoire et où les machines à vapeur et les ordinateurs à pistons sont choses courantes.

L'ouvrage, richement illustré, présente un historique du Steampunk depuis les œuvres précurseurs jusqu'à celles parus en 2010. Il discute aussi bien des œuvres littéraires, comme des jeux de rôle (GN, sur tables ou d'ordinateur), des films et séries, des illustrations, des bandes dessinées ou de la musique. Comme beaucoup de tentative de circoncision d'un genre, Steampunk s'intéresse également aux genres proches et à l'extension du Steampunk au début du vingtième siècle et aux siècles précédant le XIXe. Il discute également des œuvres de rétro-futur; pas totalement du Steampunk mais proche car touchant des moments de l'histoire ou le futur est arrivé plus tôt.

Si, historique du genre oblige, l'ouvrage se concentre avant tous sur les œuvres anglo-saxonnes, mais propose également des chapitres concernant les mangas et animes japonais, ainsi que les œuvres francophones.

Steampunk est un livre intéressant que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire et qui m'a appris de nombreuses choses sur le Steampunk. Ceci étant dit, j'aimerai néanmoins conclure par trois critiques : une grave, un ennuyeuse et une accessoire. La grave tout d'abord, j'ai détecté quelques imprécisions dans les dates, la plus grave étant, dans la partie historique, un jeu de rôle présentant comme parus dans les années quatre-vingt, alors qu'il est en réalité paru au milieu des années deux milles. Le problème est que si il y a une erreur de ce genre, quelles autres erreurs de même magnitudes que je n'ai pu voir sont présentes ?

L'ennuyeuse ensuite, de nombreux œuvres sont présentées dans le texte, mais le livre manque d'une bibliographie des œuvres importantes du genre qui permettrait au lecteur curieux de pouvoir poursuivre son exploration du genre. Finalement, et c'est accessoire, je regrette un peu le fait que si l'auteur parle de l'espace anglo-saxon, du Japon et de la France, rien n'est dit des autres langues, et si c'est parfaitement compréhensible cela donne sans doute une image tronquée de l'importance du Steampunk dans la littérature.