mardi 15 août 2017

Mesías

Second tome de la collection d'anthologie thématique Traviesa, Mesías propose quatre nouvelles d'auteurs latino-américains, sélectionnées par l'autrice bolivienne Liliana Colanzi, sur le thème de la religion. Les quatre récits sont de très bonne facture, oscillants entre les genres noirs & de l'imaginaire.

Álvaro Bisama (Chili) - "Arena negra" se déroule à Santiago et suit un jeune voleur de voiture qui va se retrouver à mettre à jour les projets d'un culte familial millénariste et armé...
Luciano Lamberti (Argentine) - "Cómo conocí a los Sefraditas" se déroule durant la crise des Malouines et suit un jeune homme qui entend des voix et qui veut s'engager dans l'armée, mais les extraterrestres sont-ils parmi nous?
Giovanna Rivero (Bolivie) - "La piedra y la flauta" se déroule à Santa-Cruz et suit une jeune femme qui s'intéresse de près à un sans abris qui prétend, avec succès, que les rats de la ville lui parlent du futurs, en parallèle elle se souvient de son enfance et de son oncle hippie...
Carlos Yushimito (Perou) - "Tatuado" se déroule au Brésil et suit la réalisation du dernier tatouage d'un chef de gang alors que sa vie est contée en parallèle.
Un court recueil excellent et bien pensé.

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dimanche 13 août 2017

Le Royaume éveillé

Second tome du Chant des épines, après Le royaume rêvé, Le royaume éveillé continue à suivre la tentative d'unification des royaumes du nord afin de les préparer à l'invasion de l'Empire voisin.
 
Comme pour le premier tome, le roman alterne les points de vue entre les différents personnages présentant à la fois le combat individuel de chacun pour se construire et entrer dans l'âge adulte, pour les épines, et le combat collectif pour construire le royaume du nord et le préparer aux conflits qui s'annonce. Le point de vu des ennemis du royaume est également présent, avec notamment un elfe....
 
Le suivi des différents des personnages donne un roman assez éclaté où chaque histoire individuelle, bien que participant à un tout, se croisent et se recroisent au grès de l'évolution des personnages, et pour certain de leur montée en puissance. Le roman est passionnant à lire et le monde développé est très intéressant (de la Fantasy, avec une pointe de Steampunk et de technologie et une magie sur plusieurs niveaux rafraichissante).
 
Difficile d'en dire plus sans lever le voile sur les nombreux rebondissements et retournements de situation qui jalonnent le roman. Dans tous les cas je l'ai beaucoup apprécié au niveau de l'écriture et de la construction des personnages et du monde; je suis un peu plus circonspect sur l'histoire globale, la fin violente et abrupte du ce second tome, bien que par plusieurs aspects parfaitement logique, me laisse un peu un goût de "tous cela pour cela" et "et maintenant quoi ?". L'auteur a sans doute un plan que je lirai avec plaisir dans le tome suivant....

vendredi 11 août 2017

Nuestro mundo muerto

Autrice bolivienne vivant aux États-Unis Liliana Colanzi est considérée comme une des étoiles montantes de la littérature bolivienne, elle propose avec Nuestro mundo muerto huit nouvelles qui sont autant de fenêtre sur l'humain et ses réactions. Les situations décrites sont profondément marquées par les origines boliviennes de l'autrice (lieux, personnages et vocabulaires)

Au détour de chaque nouvelle, l'étrange, le fantastique voir un peu de science-fiction surgit. En un sens Nuestro mundo muerto se rattache au genre de l'imaginaire à la manière de plusieurs courant de la littérature latino-américaine, entre autre, qui injecte une dose d'imaginaire dans le quotidien.

"El ojo" suit une jeune étudiante dont la mère est surprotectrice. Elle attend que quelque chose se passe sous le regard de "l'Oeil" qui la surveille et la pousse. Une nouvelle sur les attentes parentales et la pression qu'ils font porter sur chacun.

"Alfredito" est mort à dix ans, ses camarades de classe doivent se rendre à sa veillée funèbre... Une nouvelle sur la vie et la mort vu par des enfants...

"La Ola" voit une bolivienne qui étudie aux États-Unis rentrer à Santa Cruz au près de son père mourant. Une nouvelle sur "chez soi", le chemin que l'on se choisit et le poids de notre vie familiale.

"Meterorito" est le croisement d'une famille paysanne bolivienne qui a recueilli un jeune homme qui prétend voir des "êtres supérieurs" et une météorite qui tombe sur terre. Une nouvelle avant tout très humaine.

"Canibal" deux jeunes femmes boliviennes sont sur Paris, elles s'aiment, elles trafiquent, l'une s'en va, l'autre se pose des questions pendant qu'un cannibale en fuite est à Paris. Rien de gore dans cette nouvelle, mais l'autopsie d'une histoire d'amour sur le point de sombrer.

"Chaco" une nouvelle sur un jeune homme de cette région désertique de la Bolivie qui est hanté par le fantôme d'un indien.

"Nuestro mundo muerto" suit les premiers colons de le planète mars, une histoire de choix, de solitude, de maladie et de folie...

"Cuento con pájaro" mutliplie les points de vu sur un médecin ayant fait une bêtise et se cachant "à la campagne".

Au final Nuestro mundo muerto est peut-être plus un recueil de nouvelles sur l'expérience humaine que sur l'imaginaire; il ne reste pas moins que ces textes bien écrits sont autant d'instantanés fascinants à lire et à contempler sur la nature humaine.


mercredi 9 août 2017

Borne

Borne est un roman écrit à la première personne par Rachel, une jeune femme qui survit comme elle peut dans une cité au nom inconnu, probablement nord-américaine, dans un futur proche.
Dernière nouvelle de Jeff Vandermeer,

La vie est rendu difficile par l'effondrement des gouvernements face aux montées des conflits et des changements climatiques. La ville elle même était sous le contrôle de "La Compagnie" qui inondait le marché de créatures bio-manufacturées. La Compagnie ne contrôle maintenant plus rien, des créatures bio-artificielles peuvent se trouver en liberté dans la ville ou la nature, polluée, environnante et un ours géant, Mord, intelligent, pouvant voler contrôle de manière lâche la cité en envoyant ses proxys terrorisé la population.

C'est dans ce contexte que Rachel, et son compagnon un dealer ancien de La Compagnie, survivent du mieux qu'ils peuvent. Lorsque Rachel découvre Borne, une créature bio artificielle pouvant changer de forme et intelligent, et l'éduque pendant quelques temps leurs destins et celui de la ville est sur le point de changer. Coincés entre les manigances du Magicien, en lutte contre Mord, les dangers de la ville, les secrets de La Compagnie et Borne, les choses vont changer pour tous le monde....

Borne est un roman étrange, situé dans un futur où le familier côtoie l'étrange, avec une intrigue haletante. Une très bonne lecture...

L'avis de Gromovar

mardi 1 août 2017

Mers Brumeuses

Troisième tome des Récits du Demi-Loup, après Véridienne et Les terres de l'est, Mers Brumeuses continue cette saga au long cour, elle se déroule sur de nombreuses années, pour ne pas dire décennies, qui raconte un pan de l'histoire d'un petit royaume, celui du Demi-Loup, qui doit faire face à la fois aux tensions internes (il est au bord de la guerre civile et une épidémie mortelle progresse inexorablement dans le royaume) et externe (un puissant Empire à ses frontières préparent son annexion.
 
Chaque tome de la série me semble supérieur au précédent, et Mers Brumeuses ne fait pas exception à cela. Le lecteur continu à suivre les points de vue des différents protagonistes de cette histoire, avec même de nouvelles voix (celle de Crasus, le fils adoptif sourd de la Suivante de Véridienne, notamment). Cet opus est à nouveau hautement politique avec la montée des tensions entre les Eponas et Véridienne, et l'avancée des plans de la suivante déchue et de l'héritier, légitime ?, du trône.
 
Difficile de résumé tous cela, mais le lecteur trouvera rebondissement et des personnages présentés avec talents qui fait qu'aucun n'est "Le Méchant" de l'histoire.
 
Une plume de qualité et un récit haletant, arrive au terme de ce tome, comme pour le précédent : je veux lire la suite !

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samedi 29 juillet 2017

Destinations

La traditionnelle anthologies des Imaginales fait, en 2017, sa mue. Depuis plusieurs années, l'anthologie proposait des nouvelles de Fantasy autour de deux personnages, classiques ou non, du genre. Depuis cette année, le thème de l'anthologie est celui du festival, Destinations cette année, et les nouvelles peuvent appartenir à tous les genres de l'imaginaire.

Cela donne, en tous cas avec ce premier cru "nouvelle formule", une anthologie qui perd un peu en unité, les auteurs parcourant plus de sous genre de l'imaginaire et le thème étant d'avantage propice à interprétation, mais qui reste de très grande qualité.

Sur les nombreux textes du recueil, tous d'excellente facture, il y a deux novelas : "Le roi cornu" de Stefan Plateau qui nous plonge avec plaisir dans le passé lointain du Sentie des Astres et "Jehan de Mandeville, Le livre des merveilles du monde" de Fabien Cerutti qui, suivant un voyage en Chine de Jehan de Mandeville, donne une piste forte sur le devenir des êtres magiques dans l'univers de Kosigan.

Sur les nombreux textes, deux autres m'ont particulièrement marqué :

"Hoorn" d'Estelle Faye, des fragments de journaux de bord de l'équipage d'un vaisseau spatial en direction d'un autre monde; le texte est excellent et sans doute un des meilleurs que j'ai lu cette année.

"Une forme de démence" de Lionel Davoust qui suit la fin de vie d'un universitaire, écrivain, dont le monde fantastique a ouvert de nouvelles portes dans les littératures de l'imaginaire. Un hommage à Tolkien, et autres maîtres du genre, qui questionne la réalité de nos rêves.

Au final, Destinations est une réussite; en attendant la prochaine anthologie, je regrette juste l'absence de textes des auteurs étrangers, non francophones, invités....

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mercredi 26 juillet 2017

340 mps

Nouveau recueil de Léa Silhol, 340 mps (la vitesse du son) propose neuf textes, dont six inédits, autour du thème de l'obsession. Les divers textes contiennent peu de créatures de fantasy (on y croise néanmoins quelques Fays, les gardiens des portes, ...) mais beaucoup d'humanité. C'est en effet au cœur d'un des éléments qui nous constitue que Silhol va recherche le moteur de ses personnages et de ses histoires.

D'obsession il est donc question : obsessions pour les objets, pour les gens pour les sensations, c'est le tour de ce sentiment obsédant qu'il est question ici. Les textes sont, comme toujours, très bien écrits et prenants (au cœur, à l'esprit et aux tripes). Une mention d'ailleurs particulière pour le choix des textes, Léa Silhol a été anthologiste et cela se ressent dans ses recueils dont la construction est toujours murement réfléchies; cela se sent et cela donne une plus values au recueil bien au delà des textes pris individuellement.

Je suis fan des écrits de Silhol, cela doit se voir sur ce blog, mais rarement ses textes m'auront donné le sentiment de parler aussi de moi (ou en tous cas d'une partie de moi).

Le recueil s'ouvre pas un court texte coup de poing ("Wild") dont je ne dirais rien de plus; il faut juste le lire !

Il continue avec "Folding / Unfolding". Une lettre d'une mère à sa fille qui raconte son obsession avec les éventails et la manière dont sa collection a été construite. Un des textes qui me parle, je ressens, en moins violent, parfois ces mêmes élans pour les livres et les jeux de rôles...

"The Cat & the Choker", déjà publié en revue auparavant, est centré sur un membre de la famille des Usher, les gardiens des portes, qui part à la recherche, dans la grande maison familiale, d'un magnifique bijou qui apporte beauté à celle qui le porte, mais qui est aussi une sentence de mort. Un très beau texte sur le prix de l'obsession.

"Sous l'Aiguille" est un court texte qui mêle tatouage, magie, amour et vengeance. Déjà paru, il y a près de 16 ans, dans la revue Elogy, le texte est plaisant.

"Traverser sous les Roues des Voitures" est un texte qui prend aux tripes sur les choix de vie, l'admiration pour un artiste et ce que cela représente dans une vie. Un texte pour lequel, une fois encore, je perçois des échos atténués, et un peu distordus, de mes propres sentiments.

"Faiseurs d'Étoiles" suit une jeune auteure qui tombe sous la coupe d'un éditeur parisien qui, sous prétexte d'en faire une nouvelle star littéraire, abuse d'elle et lui fait écrire un roman qui n'a plus rien d'elle. Une victime lucide mais en partie consente, des personnages pour qui toutes ressemblances avec des personnes existants ne peut-être que fortuites (et lointaine), un texte mordant.

"Winter Wonderland INc" est la dernière réédition de ce recueil, un jeune homme se retrouve engagé comme Le père Noël : bonne paye, travaille au pôle nord, mais tant de secrets....

"Le Dernier des Dark Boys" voit une femme parler de son tatouage à une ado et de là déroulé le fil de sa vie amoureuse avec son dernier "Dark boy" et comment cela a marqué sa vie. Une nouvelle où le lecteur pourra apercevoir frontière et vivre à nouveau ses tourments amoureux de l'adolescence dans tous ces excès mais aussi dans la manière dont cela nous marque. Une nouvelle fois une nouvelle qui a trouvé chez moi un écho, de manière assez surprenant en fait tant c'est éloigné de ma propre histoire...

"Arena" est une conversation entre un ange et une humaine qui se rappel la construction du temple de Jérusalem. Si c'est la nouvelle qui m'a le moins parlé et plus du recueil, elle le conclut assez logiquement.

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